Débat d’orientation budgétaire de la région Grand Est : intervention en séance le 21 octobre 2016

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Monsieur le président, mes chers collègues,

En l’absence de M. le président et de Jean Rottner, il me revient de démarrer mon intervention en soulignant que c’est un lorrain qui préside en cet instant notre séance.

Un évènement dont le caractère exceptionnel ne viendra pas contredire le contenu de mon intervention…

Je tenais au moment d’exprimer le regard de la gauche sur le débat d’orientation budgétaire que vous nous proposez, souligner le rôle positif qui a été celui du président de l’ARF dans sa recherche de solutions pour asseoir le financement des régions.

Finalement les difficultés sur ce sujet sont venues de vos propres amis et la perspective  d’une part de TVA pose l’idée de permettre à notre collectivité de bénéficier d’une ressource dynamique. Nous nous en félicitons et regrettons les discours caricaturaux exprimés par notre collègue sur la situation nationale puisque ce dossier a pu avancer par un travail concerté entre l’ARF et le gouvernement.

Ce sujet est central. Il pose à terme celui de l’autonomie fiscale et peut être même demain notre capacité à bénéficier d’un réel pouvoir normatif. Sans cela, nul doute que nos nouvelles régions seront des colosses aux pieds d’argile.

Car en effet, il est difficile de donner un cap précis à une collectivité nouvelle  qui doit inscrire sa jeune histoire dans un monde en mutations ;

Il est difficile de répondre à une double injonction contradictoire ;

D’un côté, permettre une transition respectueuse de nos territoires et de leurs acteurs et de l’autre, asseoir une cohésion de l’ensemble par un mouvement clair, efficace et déterminé qui assure l’unité du Grand Est.

Cela nécessite réflexion, concertation et détermination. Nous en sommes conscients.

C’est pour cela que nous participons activement aux différentes commissions, groupes de travail ou instances de pilotage permettant l’écriture de ce qui doit être notre nouveau récit commun.

Je pense ici, pour exemple, au SRDEII. Ce schéma de développement économique est central pour légitimer notre collectivité qui doit être une ambition économique qui cherche à convaincre plutôt qu’à contraindre.

Au-delà de cet exemple, ce DOB est pour une occasion unique de prouver que le Grand-Est est une région qui propose et non qui impose.

Et c’est là notre premier regret.

Un flou volontaire est entretenu sur la suppression prochaine de dispositifs. Et contrairement à l’image idyllique renvoyée par votre majorité, il arrive parfois en commission, que le préjugé l’emporte sur une évaluation saine et posée de nos différentes politiques publiques.

Nous souhaitions, pour notre part, que la région soit conçue comme l’addition des réussites des uns et des autres et non comme l’imposition du dogme de l’un sur les autres.

C’est sur ce discours de la méthode que vous étiez attendu, Monsieur le président.

Notre débat ne doit pas être un concours d’écriture comptable comme celui réalisé ce matin entre le FN et vous-même mais bien se situer sur le champ politique avec une problématique qui rassemble :

Comment pour exister, le Grand Est peut-il écrire un récit commun, qui soit de nature à le fédérer ?

Voilà qui peut te rassurer, chère Valérie Debord. Ce récit commun est un élément essentiel de nos préoccupations, qui me semble bien éloigné du discours de division de M.Philippot.

Cette histoire commune, que j’évoque à l’instant, ne saurait être uniquement celle des vainqueurs et encore moins celle d’une partie d’entre eux.

C’est vous M.Richert qui nous indiquait ce matin qu’il fallait savoir regarder au-delà de cet hémicycle.

Mais le faites-vous vous-même lorsque vous annoncez le gel des crédits sur le site de Madine ?

Un site auquel les lorrains sont attachés, un site qu’il a fallu dynamiser c’est vrai mais qui aujourd’hui prend son envol, crée de l’emploi et est le fruit d’un travail concerté avec le département de Meuse.

Alors, Monsieur le président, arrêtez de vouloir tout « remettre à plat » en permanence, arrêtez de nous expliquer que vous remettez en permanence « les pendules à l’heure »…

Car c’est là notre second regret :

Vous avez évoqué M. le président « un budget de vérité ». Concept révélateur d’une psychologie. En politique, il n’y a pas « une vérité » unique M. Richert, encore moins en matière budgétaire ou il existe au mieux une sincérité.

A un budget de vérité, nous aurions mille fois préféré un budget pour fédérer.

Nous sommes d’accord, M.Richert, pour dire que ce budget « ne doit pas être l’addition des trois anciennes régions ». Mais il ne doit pas non plus être l’imposition d’un modèle sur les autres.

Oui, c’est vrai, vous êtes sur le terrain. C’est incontestable. Mais uniquement en qualité de missi dominici d’un style qui était déjà le vôtre lorsque vous étiez président de la seule alsace.

Or, à Collectivité nouvelle, compétence nouvelle et là malheureusement, méthode ancienne.

Pouvez-vous me dire comment allez-vous réussir à unifier demain dix départements avec une méthode qui a échoué hier à en fédérer deux ?

Vous annonciez, en début de mandat, vouloir éviter le bloc contre bloc. Vous allez lui substituer, nous le craignons, une logique de « territoire contre territoire ».

Les propos tenus par M. Warsman ce matin concernant notre politique sur le Très Haut débit sont révélateurs. Au moment d’évoquer la situation en Champagne Ardenne, vous allez jusqu’à expliquer que la situation est telle que des milliers de personnes vont devoir quitter le territoire !

Un peu de mesure, un peu de pondération et de modestie. Le bilan des anciennes majorités n’est pas tel qu’il faille envisager des déplacements de population ?!  Cela est grotesque.

Un autre exemple pourrait être pris du côté de la Moselle. Je ne me félicite pas de vos relations compliquées avec le président du département. L’articulation entre le SRDEII et le projet mosellan d’agence d’attractivité doit trouver une solution. La Moselle n’a pour l’instant pas de métropole et notre gouvernance régionale ne doit pas organiser des diagonales du vide.

Je dis cela avec gravité car l’enjeu, au final, est grand que derrière la devanture de votre modèle, vous nous exposiez à vrai risque de fracture territoriale.

Je termine enfin en soulignant que sur la seule stratégie budgétaire, celle-ci peut être partagée. Surtout s’il s’agit de poser les cadres d’une discipline budgétaire qui soit de nature à permettre le maintien dans l’avenir de nos marges de manœuvres en matière d’investissement (chiffres) et de préserver nos capacités d’autofinancement.

La pente naturelle de notre nouvelle région pourrait être logiquement celle d’une baisse de l’épargne brute et la hausse de l’endettement. (Dotations d’Etat, nouvelles compétences…).

La bataille que j’évoquais dans mon préambule concernant la recherche d’une plus grande autonomie fiscale et la possibilité demain de disposer d’un réel pouvoir normatif, est une bataille pour cette république des territoires à laquelle nous aspirons presque tous.

Voilà une belle opportunité pour unir cet hémicycle.

Je vous remercie.