Et Maintenant ? 1/2

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L’élection de Donald Trump comme 45ème président des Etats Unis d’Amérique est le choix souverain du peuple américain.

Certes, le système du collège électoral débouche sur la défaite d’Hillary Clinton dont l’avance, en suffrages exprimés, est de plus de un million de voix. Les précédents sont nombreux, le plus polémique ayant été le cas Al Gore en 2000 en raison du faible écart qui le séparait de Bush junior, en Floride notamment.

La tentation est ainsi grande de remettre en cause la légitimité démocratique de ce vote…

Mais d’autres critères doivent compléter cette analyse. L’élection présidentielle américaine est au suffrage universel indirect car cette fonction est considérée comme l’incarnation de l’exécutif d’une fédération d’Etats. La chambre des représentants est en revanche élue au suffrage universel direct.

Ce système, parfaitement maîtrisé par les candidats, détermine donc leurs stratégies électorales. Un autre système aurait sans doute abouti à d’autres campagnes. Par ailleurs, les Swings States, ces fameux états bascules ont majoritairement et contre toute attente basculés côté Trump (Floride, Ohio, Caroline du Nord,…). Enfin, les républicains contrôlent la totalité des institutions (33 gouverneurs sur 50) et par voie de conséquence la cour suprême.

Il est donc indiscutable qu’existe dans la société américaine une dynamique autour de la candidature Trump. Une dynamique dont l’ampleur à surpris jusqu’à son propre camp.

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Contester cela serait faire preuve de cécité politique. Ne pas vouloir par principe chercher à comprendre les ressorts de cette élection.

Apparait donc au grand jour l’une des réalités de ce grand pays. Sa physionomie intérieure ressemble davantage aux « Etats désunis d’Amérique[1] » qu’à la Great America.

Et c’est là que nous nous heurtons à la complexité de cette élection. A devoir lutter contre la « BFMisation » des esprits qui hier considérait Clinton élue et aujourd’hui le « populisme » au pouvoir.

Mais l’issue d’une élection dépend pour beaucoup de la manière dont l’on y rentre… Quelle était donc la situation de départ pour Hillary Clinton ?

Tout d’abord celle d’une Amérique où malgré un taux de chômage affiché à 5%, la réalité du nombre de sans-emplois tourne autour de 10%.

Celle également où 44 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté.

Celle aussi où en 2015, les 3% les plus riches détiennent 31% du revenu total alors qu’ils en détenaient « seulement » 28% en 2010. Sur ce point, d’autres chiffres montrent qu’en considérant la répartition du patrimoine, nous sommes revenus au niveau de l’avant New Deal, cette politique interventionniste mise en place par le président Roosevelt pour répondre à la grande dépression des années 30.

Cette même Amérique, point de départ de la crise des « subprimes » en juillet 2007, ces prêts hypothécaires à risque ou se nichait la folie d’une économie transnationale et financière que nous allions réguler.

« Les politiciens de Washington ignorent les gens comme nous pour qui 100$ c’est une somme ». Ce témoignage, extrait d’un article du Monde date d’avril 2012. Il émane d’un habitant d’Orlando qui a perdu sa maison. Un « expulsé du rêve américain » pour reprendre le titre de cet article.

Orlando ? Une ville de Floride. La Floride ? Un Etat où 45% des emprunteurs ont fait faillite Un Etat qui a basculé lors de l’élection.

Le point de départ de cette élection c’est aussi celle ou les inégalités liées aux origines ont progressés.

Face à la stigmatisation qui marque les noirs américains se dresse la volonté, parfois inconsciente, pour toute une frange de la population de maintenir à tout prix sa domination. La composition ethnique du pays se modifie, selon les démographes les blancs seront minoritaires à la fin des années 2040.

L’élection de Barak Obama a sans doute fait office de paravent à un pays moins apaisé que nous le pensions. C’est ce que montre depuis quelques années de nombreux travaux en sciences sociales qui s’interrogent sur la réalité de cette ère post-raciale, vitrine des années Obama.

Ces quelques éléments n’ont pas la prétention d’expliquer le vote mais simplement dans illustrer le contexte.

Le point de départ de la candidature d’Hillary Clinton c’est aussi cette primaire difficile où elle sauva sa désignation in-extremis face à Bernie Sanders, candidat démocrate adossé à la jeunesse démocrate et à une réelle dynamique populaire. Ce même ex-candidat qui déclare aujourd’hui dans le New-York Times que « le parti doit rompre ses liens avec l’élite financière et redevenir un parti populaire, défendre les classes moyennes, les personnes âgées et les jeunes ».

Il ne s’agit pas de certifier que Bernie Sanders aurait gagné l’élection comme l’affirme pour exemple, Jean Luc Mélenchon. Aux supputations d’un pronostic finalement sans grand intérêt,  il s’agit davantage ici d’établir un diagnostic.

Et ce diagnostic ne saurait se contenter de la petite musique simpliste qui semble émaner des tenants du TINA (There Is No Alternative) pour qui l’échec des démocrates s’explique par le choix « populiste » d’électeurs apeurés par la mondialisation. Cette même petite musique jouée au moment du Brexit où les sondages nous expliquaient, dès le lendemain et sans rire, que si c’était à refaire les anglais voteraient différemment.

Franchement, quiconque vit dans le pays réel peut aisément s’imaginer ce que donnerait aujourd’hui une telle consultation, y compris en France.

Notons donc déjà que qualifier D. Trump de populiste ne le disqualifie pas. Bien au contraire.

Bien sûr, D.Trump a été un candidat démagogue dans sa remise en cause des institutions démocratiques, D.Trump a été un candidat xénophobe dans ses outrances à l’encontre des mexicains ou bien des musulmans, D.Trump a été un candidat sexiste à chacune de ses sorties sur les femmes. Nul ne doute également que sur le terrain, son élection va libérer davantage la parole raciste, rétrograde et extrémiste.

Alors ne doutons pas que Trump sera le président qu’il a promis aux américains… Les choix qu’il opère pour constituer son administration ou ses premières déclarations sont une réponse à ceux qui en doutaient…

Nous savons aujourd’hui qu’il a dans le viseur la destruction de l’Union Européenne.

Voilà donc indiqué ce qui pourrait être l’un des buts de notre action politique immédiate. Réaffirmer un projet européen protecteur, démocratique et progressiste. Ce nouveau président sera pour nous tous et toutes une motivation supplémentaire.

[1] Matthew Crowford, Revue Esprit, d’après une citation de Nicolas Truong, Le Monde.